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Irrigation

« Les irrigants de la nappe de Beauce ont joué la transparence »

Pour Philippe Lirochon, président de la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir, il n’y a pas d’autre solution que de se parler et de s’écouter pour établir des règles de gestion de l’irrigation sur un territoire.

29 avril 2011 Nicole Ouvrard Vu 1952 fois
Philippe Lirochon, président de la Chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir. "Nous regrettons que la loi sur l'eau nous ait supprimé la possibilité de report de quota d'une année sur l'autre".

Philippe Lirochon, président de la Chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir. "Nous regrettons que la loi sur l'eau nous ait supprimé la possibilité de report de quota d'une année sur l'autre". - © N.Ouvrard

Le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) de la nappe de Beauce est en cours de validation. Le texte donne-t-il satisfaction à la profession agricole ?
Le compromis auquel nous sommes arrivés, avec l’ensemble des usagers et des acteurs locaux, me donne le sentiment que nous sommes près du but. Le Sage de la nappe de Beauce est en discus- sion depuis cinq ans, mais la gouvernance autour de la gestion quantitative de cet aquifère est une vieille histoire qui a débuté il y a vingt ans. Nous avons pris le temps d’organiser la concertation à la fois avec les agriculteurs, la population et l’administration.

Les irrigants de la nappe de Beauce ont été les premiers en France à être concernés par un système de quota d’irrigation. Pourquoi ?
Des années 60 à 90, soit une génération d’agriculteurs, l’irrigation s’est développée sans remise en cause. Les experts nous disaient que la nappe était inépuisable. Mais après quatre années de sécheresse, nous avons connu les plus basses eaux en 1993. Plusieurs cours d’eau étaient à sec. À cela s’est ajoutée la Loi sur l’eau de 1992 qui a érige comme principe que l’eau était un bien public. Ces deux éléments ont déclenché une prise de conscience collective. Au début, les départements ont instauré des arrêtés sécheresse en ordre dispersé. Nous nous sommes vite rendu compte qu’il valait mieux organiser un système de partage de l’eau entre départements puis entre agriculteurs. Ce fut fait en 1999. Le secteur agricole a obtenu 525 millions de m3, avec une réduction de 20 % en basses eaux et de report jusqu’à 20 % sur l’année suivante. Ce système a donné de la visibilité aux agriculteurs.

Alors les irrigants ont été moteurs dans cette démarche...
Très tôt, les irrigants de la nappe de Beauce se sont définis une ligne de conduite selon cinq principes : la transparence, la connaissance de la ressource, la gestion concertée, le développement de la ressource et l’intensification du conseil. Ils l’ont toujours tenue. Nous sommes passés d’une situation de conflits à la négociation. Cela n’a pas toujours été facile mais nous sommes condamnés à parler tous ensemble.


Pourtant les contraintes se sont durcies au fil des ans.
C’est vrai. La nappe de Beauce couvre un vaste territoire de 10 000 km2 et 681 communes, à cheval sur six départements, deux régions et deux agences de l’eau. Le système est complexe : une capacité de stockage énorme, une très forte variabilité interannuelle et une différence de comportement entre le centre de l’aquifère et son pourtour. Après une première période consacrée à convaincre les irrigants qu’ils utilisaient tous la même nappe, il a fallu admettre la nécessité d’une sectorisation de la gestion. Depuis 2006, les irrigants ont subi des restrictions d’usage de plus en plus sévères dues à une prise en compte croissante du niveau des cours d’eau. Dans le même temps, ils subissent la pression des filières qui imposent des critères de qualité. Un haricot vert mal irrigué va avoir des fils et ne sera pas commercialisable.

Êtes-vous confiant pour l’avenir ?
Les règles instaurées dans le cadre du Sage permettront de gérer des crises ponctuelles. Mais pas une sécheresse qui dure- rait plusieurs années de suite. Nous regrettons que la Loi sur l’eau nous ait supprimé la possibilité de report de quota d’une année sur l’autre. La nappe de Beauce, qui n’est pas en surexploitation, pouvait permettre cette souplesse. En fait, je suis plus inquiet des problèmes de pollution de la nappe que de gestion de l’irrigation. Là, ce sera plus compliqué...

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

 

 

 
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